Tout est dit dans le titre. Tendre colère. La nouvelle pièce de la compagnie de danse Christian et François Ben Aïm questionne leur incompréhension et leur désarroi face au chaos du monde. Et traduit leur envie de montrer cette colère, leur colère, face aux désordres actuels, à la perte de sens, à la destruction du vivant. Et la force d’y remédier, de ne pas céder au désespoir, de réparer, sans violence, presque tendrement, comme un ultime geste de résistance. Et comment agir si ce n’est collectivement ?
Sur le grand plateau de la scène du Jardin des Tuileries, dans le cadre du Festival Paris l’été, dix danseurs vont mettre sous tension cette dualité. Et démontrer, dans une chorégraphie à la fois fluide et ultrapuissante, cette capacité d’un collectif à faire ensemble, à tomber, puis se relever, à se porter, se soutenir, se rattraper pour mieux lutter et résister.
Une danse puissante et théâtrale
La pièce se construit par variations de thèmes chorégraphiques : du solo aux duos, des duos aux groupes, puis des groupes au collectif entier, avant de se recentrer sur les fragilités individuelles. Et tout est à l’unisson, c’est le collectif qui s’exprime d’une voix. Et un langage chorégraphique quasi obsessionnel qui donne toute l’identité au message : déséquilibres permanents, spirales des corps, gestuelle presque primaire, sans rien qui parasite l’ensemble. Et l’on embarque une heure durant dans un spectacle radical, entier, en se laissant séduire par l’énergie collective et la précision des dix danseurs, magnifiquement drapés dans des costumes graphiques, aux couleurs minérales, signés Mossi Traoré.
Une ode à la solidarité
La force du spectacle réside précisément dans cette contradiction à exprimer force et fragilité, tout en laissant la beauté s’exprimer, des drapés des robes aux visages des danseurs, des jeux de lumières oscillant entre des blancs chauds et des rouges carnassiers au tempo obsédant d’une musique rappelant l’urgence.
Standing ovation méritée en fin de représentation, qui a beaucoup ému Christian et François Ben Aïm. Micro en main, ils ont lancé un appel à la défense et au soutien du spectacle vivant, menacé d’une baisse budgétaire historique en 2027 en invitant les spectateurs présents à signer une pétition. Message entendu. Longue vie à cette compagnie talentueuse et résistante.


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